Quels souliers porter pour commencer ?

Quand on veut s’essayer à un style masculin « classique » c’est une question à laquelle il faut se frotter. Toute notre jeunesse on nous a habitués aux baskets et aux sneakers, confortables, pratiques pour l’école et le quotidien… Seulement voilà, elles restent fondamentalement inscrites dans un style soit « streetwear » soit « casual », qui ne convient pas à certains milieux professionnels. Sachez toutefois que le style classique ne jette pas les sneakers pour autant, gardez-les !

le sartorial détendu

(Dit le plouc campagnard, mais si vous voyez, genre ceux qui portent du tweed en ville !)

Par quelle paire commencer ?

À mes yeux, sans rentrer dans les détails, deux possibilités :

Une paire de Derbys. Les Derbys c’est LE classique, quasiment toutes les paires de chaussures hors sneakers que vous pouvez trouver dans les magasins qui font de la chaussure bas de gamme à en gerber par toutes les fenêtres proposent des dizaines de variations autour de la forme de la Derby.

C’est donc forcément une forme que vous avez déjà eu aux pieds si vous avez porté des souliers basiques en dehors des sneakers/runnings/baskets. Il y a des tas de formes pour les derbys : plain toe, à bout rapporté, brogues, wingtip, chasses, demi-chasses, à plateau… Dans l’idéal faites du lèche vitrine et voyez ce que vous préférez.




Derby long wing (une pièce de cuir qui fait tout le tour de la chaussure) full brogue (des perforations sur le bout et tout le tour de la chaussure).




Derby « demi-chasse » (plateau sur le dessus et couture sur le devant de la chaussure)




Derby classique à bout rapporté (une couture marque une séparation vers le bout de la chaussure) dans une forme fine c’est le plus « chic » et le plus facilement associable au costume.



Derby « plain toe » (donc avec aucune autre fioriture que les pièces du laçage) en cuir lisse.


Deuxième option, une paire de Chukkas. Ce modèle revient un peu à la mode, il peut être casual comme habillé, mais reste un tout petit peu plus casual qu’un derby. Au départ c’est un modèle qu’on a tendance à ignorer, mais une fois qu’on a essayé et qu’on s’est un peu habitué à son charme discret c’est très plaisant à porter. Pas tout à fait une boot, pas tout à fait un soulier, c’est un modèle très masculin et qui présente moins de risques que la chelsea boot dans la construction d’un style classique.

Ces deux modèles sont très polyvalents et peuvent marcher dans toutes sortes de tenues : costume, habillé, casual. Avec un pantalon en laine, un chino ou un jean.





Une paire de Chukkas, avec semelle de cuir.


Comment choisir ?

Le premier problème va être celui du prix, et la meilleure chose à faire c’est encore de s’essayer à ce style avec des modèles bas de gamme. Si ça vous plait, si vous en portez souvent ou que vous vous retrouvez à souvent acheter le même modèle, il est certainement temps de monter en gamme. Et de se tourner vers des marques proposant des souliers à 300€ ou plus. Je sais d’expérience que la première fois est douloureuse et qu’elle peut exiger quelques sacrifices, mais vous trouverez quelque chose de plus durable et plus beau. Et surtout, il est quand même plus rentable de garder 10 ans une paire à 400€ que de racheter une paire à 99€ tous les ans.




Un bel exemple de ce qu’on ne veut pas. Là, c’est un cuir laid. Si on peut encore appeler ça du cuir, allez savoir…

Pour une chaussure qui tient longtemps, on veut un cuir de qualité : un cuir de veau pleine fleur aniline qui n’a pas été retravaillé, qui n’a pas été poncé, qui n’a pas été bookbindé… Vous reconnaîtrez un beau cuir à son grain, à la présence éventuelle de petits défauts (comme des petites cicatrices ou des veines) dans des gammes de prix « basses ». Mais l’aspect est naturel, comme en regardant une peau de très près. Donc prenez le temps d’observer les souliers de près, de les toucher. N’hésitez pas à entrer dans des boutiques haut de gamme quitte à ne rien acheter pour voir, sentir, comparer.

Ici un superbe mocassin Church’s… en cuir bookbindé. Vous noterez bien l’absence totale du « grain » du cuir et de la peau qui est recouverte d’une couche plastifiée, pratique pour la protéger de la pluie, mais pour le reste…


Ici un cuir grainé, si ce cuir a un charme rustique indéniable, sachez qu’aucun cuir n’existe comme ça « naturellement ». C’est une peau lisse qui a été placée sous presse pour lui donner cette forme. Pour des revendeurs peu scrupuleux, c’est le parfait cache misère pour des cuirs à défauts. Mais un cuir grainé dans une peau de qualité peut-être une addition remarquable à une collection de souliers ou pour un amateur qui préfère les mises informelles.



Avec un cuir lisse et net on perçoit les pores de la peau. La prise de lumière et le toucher n’a rien à voir avec un bookbindé ou un cuir rectifié. Méfiez-vous toutefois, certaines marques bas de gamme se font une spécialité de rectifier un cuir et de réimprimer par-dessus un motif de « pores » naturel (avec le même procédé que pour un cuir grainé). Notez cependant que le soulier ci-dessus n’est pas un derby mais un richelieu, les lacets sont directement intégrés dans le cuir de la tige du soulier.


On recherche aussi un cousu de qualité. La semelle n’est PAS collée, car la colle ce n’est pas quelque chose qui tient dans le temps, elle subit la température, la pluie et dès qu’elle commence à se soulever un peu c’est FINI. Dans ce cas, si on ne prévoit pas de garder la chaussure si longtemps qu’il faudra changer la semelle, on peut opter pour un cousu blake. Si on veut une chaussure « for life » il faudra envisager un cousu goodyear ou norvégien (entre gros guillemets, on ne va pas rentrer dans les détails, il faudrait des pavés techniques pour ça et d’autres ont traité le sujet bien plus en profondeur. Donc si vous souhaitez vous éduquer en profondeur sur la question, lisez l’article d’Autarcie de Sartorialisme ici.

Si la semelle est en cuir, on fera poser un patin et des fers encastrés au bout du pied pour la préserver (surtout si vous avez tendance à attaquer du bout du pied dans votre démarche). Si elle est « commando », caoutchouc ou gomme : on fera attention à avoir une bonne marque ! Vibram, Margom ou autre… ça vous évitera des glissades surprises les jours de pluies avec certaines semelles en gomme de qualité discutable.

Pose de fers et patins : reportage à l'Atelier Maubeuge
Jacques & Déméter


Quand vous essayerez votre chaussure, il est impératif que le bout du pied ne touche pas la chaussure, que vous soyez serré sur les bords (limite inconfortable) et au talon. Le cuir se fera avec le temps quoi qu’il arrive, donc si vous êtes confortable au premier port, il y a toutes les chances que plus tard la chaussure ne vous tienne plus aussi bien le pied. 

Quel modèle choisir ?

Si on débute et qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on veut… On prend un soulier en cuir lisse marron foncé (voire ébène).On évite le noir et le marron clair. Pourquoi ? Le noir est difficile à mettre en valeur dans une tenue et est souvent trop austère. Un marron clair risque de casser l’équilibre de certaines mises et d’être trop voyant. Le marron foncé marchera dans la majorité des ensembles, ne sera ni trop formel, ni trop décontracté.

Pourquoi pas du daim (veau velours) ou du nubuck ? Un daim très foncé sera aussi polyvalent qu’un cuir lisse foncé et aura l’avantage d’être facile d’entretien. Privilégiez une forme qui ne soit pas trop épaisse pour que ça ne fasse pas tache dans des ensembles plus formels. Ce sera plus technique à porter dans des tenues habillées, mais cette matière s’intègrera de manière très naturelle dans toutes les mises informelles.



Les souliers en daim sont charmants mais sont un peu plus techniques à rentrer dans des mises formelles, par contre ils peuvent s’intégrer simplement et élégamment dans des ensembles plus casuals ou avec des costumes/pantalons en flanelle.


Si je trouve le marron foncé trop déprimant ? Alors il est possible d’opter vers un marron qui tire vers le bordeaux : le Burgundy.

Je n’aime ni les derbys ni les chukkas… Alors allez vers ce que vous aimez, je n’oblige personne à adopter un style qui ne lui ressemble pas et qu’il n’aime pas. Les autres modèles seront moins polyvalents, mais pour nos amis plus « workwear » (ou ceux des pays froids) on peut s’essayer dans ce cas aux Boots pour homme : le Brodequin. Toutefois elles risquent d’être compliquées à porter avec un costume (sauf formes très fines) et pas nécessairement très agréables à porter l’été.

Quelques suggestions de marques en vrac :


Alors pour commencer, prenez d’énormes pincettes : la meilleure marque reste la marque la plus adaptée à votre pied. Il va donc falloir essayer, essayer, et encore essayer… Et pour faire durer une chaussure, il faut respecter certaines règles de soins élémentaires. De fait, qu’elle ait coûté 50 euros ou 1500, elle aura la même durée de vie si vous ne la respectez pas. Mais pour les soins, on verra ça à part.

Bas de gamme – ça dépanne, on essaye le style, on s’amuse :

Rudy’s, Ypson’s -> En Soldes !

Entrée de gamme :

Meermin, Velasca, Bridlen, Prince-Jorge, Loding (ligne business).

On commence à tâter du sympa :

Carmina, TLB Mallorca, Löf & Tung, Carlos Santos, Paraboot.

Haut de gamme mais pas encore le soleil :

J.M. Weston, Vass, Crockett & Jones, Jacques et Déméter.


Autant que possible, dans le choix de vos souliers, privilégiez les essayages en boutique et faites en sorte de VOIR la paire que vous allez acheter. Tous les cuirs ne se valent pas et deux paires peuvent sortir d’une peau différente, avec des défauts différents… Certains défauts sont acceptables et inhérents à la fourchette de prix dans laquelle vous investissez, d’autres sont beaucoup moins acceptables. Si vous ne pouvez pas essayer, voir et/ou toucher, assurez-vous que le site propose des procédures de retour simplifiées.

Nous parlons des souliers habillés dans la deuxième partie de notre article, à retrouver ici.


Article écrit par Gaétan C.

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