Entre simple accessoire de mode et véritable atout pouvant compléter un style, l’univers de la bague est vaste et il est facile de s’y perdre… Nous allons voir aujourd’hui, qu’au même titre que les boutons de manchettes, les bagues peuvent constituer le petit plus qui rendra votre tenue unique. La bague, bien choisie et bien portée, peut devenir une vitrine de votre personnalité et nous allons justement voir ensemble comment choisir et porter ce bijou adopté par l’Homme depuis plus de 20 000 ans.

Un peu de technique


Commençons avec un bref point de vocabulaire sur les différentes parties d’une bague ainsi que les types de bagues les plus courants. Une bague peut avoir jusqu’à quatre parties distinctes : le corps de bague (1), l’épaule (2), le chaton (3) et la tête de bague, aussi appelée « la pierre » (4).

Il existe plusieurs types de bagues mais les deux les plus portés et les plus élégants sont l’anneau et la chevalière (nous n’évoquerons pas ici la bague d’arme, d’orteil ou d’oreille…). L’anneau existe sous une grande variété de formes : de la plus simpliste, l’alliance par exemple, à la plus complexe, comme le Camée. J’ai choisi de prendre deux extrêmes pour représenter l’anneau et la liste qui sera faite au long de cet article ne sera pas exhaustive concernant les types d’anneaux. De plus, vous comprendrez que bien qu’une bague puisse avoir jusqu’à quatre parties, toutes n’en possèdent pas ce nombre.  La chevalière, quant à elle, est un type de bague plus restreint et bien plus codifié comme nous le verrons par la suite.

Avant les bagues, les mains

Avant toute chose, il est important de comprendre que si l’on souhaite porter ce bijou en bon et due forme, il faut en saisir les symboliques. Se portant au doigt, la symbolique des bagues commence donc naturellement avec les mains et les doigts. Parlons donc des mains pour commencer. C’est plutôt simple, la main droite est dite « main physique », celle qui agit, qui domine.

La main gauche est la main dite « mentale », celle qui pense, celle des émotions. Cependant, ces codes sont ceux d’un monde largement droitier, libre à vous de faire, ou non, abstraction de cette règle. Pour ce qui est des doigts, c’est une tout autre histoire, et certains détails sont à ne pas négliger. Rappelons que les doigts n’ont pas forcément la même symbolique au cours de l’Histoire et selon le pays, mais certains codes sont relativement universels.

Nous ferons abstraction du pouce qui est un doigt traditionnellement féminin dans le port d’une bague. Il nous reste donc huit doigts pour exprimer notre personnalité à travers ce bijou. Les significations énoncées ci-dessous sont brèves pour être les plus justes possibles, puisqu’encore une fois, elles sont toutes relatives dans une certaine mesure, que l’on voit sur internet tout et son contraire et qu’il est facile de se perdre dans le jeu des significations et des symboles.

L’index : Doigt de l’autorité. Celui qui montre et dirige.

Le majeur : Doigt central, de l’image de soi et de l’organisation mentale.

L’annulaire : Il s’agit littéralement du doigt qui porte l’anneau. L’alliance est donc portée à gauche dans la majorité des cultures, du côté du cœur, en raison d’une tradition antique de la vena amoris « veine de l’amour » en latin. Selon les cultures, la chevalière est portée à l’annulaire droit ou gauche, nous y reviendrons plus bas.

L’auriculaire : L’auriculaire est un doigt à la symbolique floue qui diffère selon les institutions, les pays et les cultures. Chez nous il n’a pas vraiment de connotation connue et admise. Le cinéma américain montre souvent des mafieux avec des bagues à l’auriculaire par exemple.

Anneaux et chevalière

Les anneaux

L’anneau est le type de bague qui se décline sous le plus grand nombre de formes. Comme expliqué plus haut, l’alliance ou anneau de mariage est la forme la plus simple et la plus pure de ce type de bague. Elle se porte à l’annulaire gauche (ou droit dans certaines cultures) mais nous n’allons pas nous répéter. Il existe pourtant d’autres types d’anneaux, bien plus originaux et intéressants. Nous n’allons pas tous les lister mais en voici quelques-uns :

Le Jonc : Le jonc est un anneau dont le relief est uniforme sur tout le corps de bague. Parfois serti d’une pierre, c’est un anneau relativement simple mais doté d’un certain caractère. Un jonc ne passe pas inaperçu et reste discret.

Un jonc


Le Camée : Le Camée est un anneau ordinaire, sur lequel un plateau a été posé. Il ne faut pas confondre le plateau et le chaton, ici le plateau ne fait pas partie de la pièce moulée, il est indépendant du reste de la bague. Dans le plateau, on a déposé un Camée (gravure ou sculpture en bas-relief présentant différentes strates de couleurs, d’où le terme « camaïeu »). C’est un des types d’anneau les plus anciens. Sur le camée on peut retrouver des saints chrétiens, des dieux païens, voire des portraits ou autoportraits. Historiquement le Camée est porté par les hommes mais depuis le XIXème siècle il est aussi bien porté par les hommes que par les femmes. C’est pour ma part le type d’anneau que je trouve le plus original et élégant, voire même lyrique.

Un Camée


L’anneau épiscopal : Ici un dernier type d’anneau, aussi appelé « anneau pastoral », porté par une population très restreinte puisque seuls les évêques peuvent s’en orner les mains. Il est donné au nouvel évêque lors de sa consécration et signifie la fidélité de l’évêque à l’Eglise. Il est porté strictement à l’annulaire droit. Bien que peu de gens puissent le porter, j’ai choisi d’en faire la mention car il s’agit à mon sens du type d’anneau le plus symbolique, travaillé et esthétiquement charismatique.

Un anneau épiscopal

La chevalière

La chevalière quant à elle est une bague à la symbolique plus forte et aux codes plus précis. Porter une véritable chevalière n’est pas un acte anodin et nous allons voir ici pourquoi et comment porter une chevalière. 

Ce type de bague est l’un des plus anciens puisque dès l’antiquité, les hommes ont commencé à s’en vêtir les doigts. Aussi appelée « anneau sigillaire », la chevalière est une bague à large chaton sur lequel sont gravés les initiales du porteur, ou ses armoiries. A l’origine, cette bague servait de sceau, d’où le terme « sigillaire » venant du latin sigillum (sceau).

Entre l’antiquité et notre époque, les inscriptions sur les chevalières ont pris bien des formes : hiéroglyphes, blason, saints ou divinités païennes, initiales… Voyons ensemble les codes à respecter pour porter correctement sa chevalière, tout en prenant en compte qu’il s’agira des codes français. En effet, les anglais par exemple, n’ont pas les mêmes codes et traditions concernant ce bijou. La chevalière étant une bague familiale dans la grande majorité des cas, il existe des règles concernant sa position dans la famille et son sexe pour la porter.

En France comme en Angleterre, la chevalière était majoritairement portée par la noblesse. Dans notre pays il n’existe aucune obligation de noblesse pour en porter une, de ce fait, même les bourgeois et les riches paysans pouvaient en porter. De nos jours, même chose, toute personne peut porter une chevalière. Mais encore une fois il existe des règles. Ne tournons pas plus longtemps autour du pot, quelles sont-elles ?

Commençons par le rang familial. Comme nous l’avons vu plus haut, en fonction de votre rang dans la fratrie, vous ne porterez pas la bague de la même manière. Les hommes ainés de la famille portent leur chevalière à l’annulaire gauche, au même doigt que l’alliance. Cette tradition remonte au Moyen-Âge, où les chevaliers (d’où le nom de chevalière) portaient le bijou au même doigt que l’alliance comme un signe de fidélité envers la chevalerie. Porter votre chevalière à ce doigt est donc le meilleur moyen de respecter à la lettre les plus anciennes traditions de la chevalerie, et encore plus si vous êtes issus d’une famille noble.

Notons cependant que ces temps sont révolus et qu’il vous est possible de la porter à l’annulaire droit pour ne pas alourdir votre doigt si vous avez déjà une alliance par exemple. La signification reste la même et personne ne vous en tiendra rigueur, c’est d’ailleurs le choix de la majorité des porteurs de chevalière.


Si vous vous trouvez être le cadet ou le benjamin de votre fratrie, elle se portera strictement à l’auriculaire droit. De même si vous êtes une femme, peu importe votre position généalogique.

Il est également possible de voir des gens portant la chevalière à l’index. Il s’agit d’une tradition noble aujourd’hui disparue mais non mal vue…

Enfin, il existe une dernière règle dans le port d’une chevalière : votre situation amoureuse. En effet, si vous êtes engagé dans une relation sérieuse, ou du moins que votre cœur est pris, vous devrez porter la bague de sorte que le blason, les initiales ou toute inscription, soit orientée vers vous, on appelle cela « en bataille ». Sinon dans l’autre sens, « en baise main » signe que vous êtes un cœur à prendre.

Notons que ces règles se sont assouplies avec le temps et que manquer à l’une ou plusieurs d’entre elles n’est pas un sacrilège, mais la chevalière reste un bijou empreint de tradition et si vous êtes attachés aux symboles et aux coutumes ancestrales, respecter ces règles est un détail supplémentaire, dépassant le simple port d’un bijou. L’élégance c’est aussi (surtout) la subtilité…

Quelques exemples de chevalières :

Ici : deux exemples de chevalières en or dont les inscriptions sont des armoiries.


Ici : chevalière familiale avec initiales.


Porter ses bagues de manière harmonieuse et esthétique

Maintenant que vous connaissez les grandes lignes de l’univers baguier, vous devez commencer à vous faire une image de ce qui vous plairait : quelle main, quel doigt, quel anneau, une chevalière… Dans cette deuxième partie, nous allons voir quels matériaux et motifs choisir sur vos bagues, ainsi que les quelques erreurs à ne pas faire (sans être strictement interdites évidemment…)

Matériaux et motifs

Pour choisir ou faire faire votre bague, il convient de savoir ce qui vous plaît le plus entre les différents matériaux utilisés. Et il y en a beaucoup : or jaune, or rose, argent, cuivre… Dans un souci de simplicité et d’élégance nous n’évoquerons pas les bagues en bois et autres bijoux plus fantaisistes. De plus, toujours dans notre ligne éditoriale selon laquelle le damoiseau ne doit pas nécessairement être fortuné pour être élégant, nous évoquerons les alternatives pour obtenir des rendus de qualité, aux aspects dorés ou argentés par exemple.

Le choix de la teinte de votre bague (dorée, argentée, cuivrée, etc…) est un choix purement personnel. N’écoutez pas ceux qui vous diront que « l’or fait trop féminin » ou l’inverse. Chaque bague est différente, et le matériau est relativement secondaire à côté de la signification de votre bague. Cependant, notons quelques détails esthétiques ; une chevalière en or sera plus voyante, aura plus de caractère, et ce encore plus si elle est dotée d’une pierre ou d’un camé par exemple. Il vous appartient donc de choisir comment votre bague est vue par l’extérieur et la personnalité que vous souhaitez renvoyer avec le bijou en question. Un anneau simple mais épais, en argent brossé aura un rendu assez brut, tandis qu’un anneau en laurier en argent poli sera plus raffiné. Les exemples sont aussi nombreux que les idées qui vous traverseront la tête.

Petit conseil, si vous souhaitez avoir une bague dorée mais que vous n’avez pas les moyens pour de l’or, essayez le plaqué, qui est bien moins cher ou encore des métaux ayant une teinte relativement similaire tel que le laiton, qui une fois poli et nettoyé donne un rendu surprenant. Pour de l’argenté, l’aluminium est une très belle alternative, bien meilleure que le plastique ou l’acier, puisqu’il ne rouille pas et n’est pas allergène, il est de plus très agréable à porter et très léger. 

En ce qui concerne les motifs et autres inscriptions que vous apposerez sur vos bijoux, c’est sensiblement la même chose. Vos goûts priment sur le reste. Il est toujours question de caractère donné au bijou et de ce que vous renvoyez aux autres en portant la bague. Les blasons sur les chevalières sont toujours assez impressionnants, encore plus si la bague est assez grosse. Il est cependant possible de faire une chevalière discrète, comme vu plus haut… Un anneau argenté avec des inscriptions sur tout son corps reste très sobre et discret mais avec un caractère certain.

Cette seconde partie de l’article est plus subjective, puisqu’il s’agit-là de goûts et de personnalité et qu’il n’y a pas de règle stricte, il est donc ici question d’un petit tour d’horizon de l’océan de possibilité de personnalisation de l’ornement de doigt.

Quelques erreurs à éviter

Voyons maintenant les quelques erreurs à éviter lorsque vous portez plusieurs bagues en même temps.

Premièrement, il est déconseillé de porter plus de trois bagues par main. Cela alourdit la main et donne une esthétique assez irrégulière, encore plus dans une tenue classique.

Evitez également de mettre côte à côte deux grosses bagues, l’effet sera très lourd, voire agressif à l’œil. Si vous tenez absolument à éviter cela, essayez même de n’avoir qu’une seule grosse bague sur la main.

Enfin, il est souvent déconseillé de mettre sur la même main différents matériaux. (ex : index bague en argent et annulaire bague en or du même côté.)

Pour conclure cet article, qui je l’espère, vous en aura plus appris sur l’univers fascinant de la bague et de ses codes. Je souhaiterais souligner une dernière chose très importante en vous incitant à casser les codes. Si vous trouvez beau de mettre sur la même main deux teintes de bague, ou porter deux grosses bagues sur la même main…allez-y ! Vous pouvez très bien respecter les symboles et les traditions et vous permettre de casser les codes à votre guise. Puisque je le rappelle, les bagues sont vos bijoux, elles vous correspondent et doivent refléter, dans une certaine mesure, votre personnalité, alors innovez, amusez-vous, explorez. C’est comme cela que vous saurez ce qui vous plaît ou non…. Enfin, je vous laisse sur un exemple personnel en tenue classique avec quelques-unes de mes bagues ainsi que quelques références pour trouver votre bonheur dans vos futurs projets d’achat.

Sur la main droite : chevalière personnelle en or massif
Sur la main gauche : bagues confectionnées par mon père, toutes deux en aluminium.


Enfin, quelques références pour des bagues sur mesures par des joaillers français :

Philippe Tournaire 

Pascal Doulière

Si vous souhaitez une bague sur-mesure confectionnée par mon père, vous pouvez me contacter en message privé sur Twitter.

Article écrit par Jérémie A.

Commentaire

  • Super article ! Pour les chevalières je conseille d’aller ou au moins de suivre sur Instagram Louis Boursier qui est meilleur ouvrier de France en gravure héraldique. Il est situé à Paris, fait du sur mesure pour 2400€ en moyenne pour de l’or.

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